La Banque africaine de développement (BAD) envisage d’apporter un don d’un million de dollars au Togo, afin de financer un projet d’aide d’urgence destiné aux réfugiés, aux personnes déplacées internes et aux communautés hôtes de la région des Savanes.
Le financement, qui doit encore recevoir l’approbation du Conseil d’administration de l’institution, sera mis en œuvre par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), en partenariat avec la Commission nationale d’assistance aux réfugiés (CNAR), le Programme d’urgence pour la région des Savanes (PURS) et d’autres acteurs nationaux.
Ce projet interviendrait alors que les conséquences du débordement de la crise sécuritaire sahélienne continuent de peser sur le nord du pays, et que les capacités nationales sont sous tension.
Selon le document d’évaluation de la BAD, la région des Savanes accueille désormais plus de 55 000 réfugiés et environ 16 000 déplacés internes. Au total, près de 1,9 million de personnes sont affectées indirectement par la pression exercée sur les services sociaux, les ressources locales et les infrastructures.
Une réponse à une pression humanitaire durable
Les évaluations citées par la BAD indiquent que 52 % des ménages sont en situation d’insécurité alimentaire, tandis que 68 % des abris sont considérés comme dangereux ou dégradés. Les femmes représentent par ailleurs entre 60 % et 65 % des chefs de ménages déplacés, avec une exposition accrue aux violences basées sur le genre et aux difficultés d’accès aux services essentiels.
La Banque estime que « sans investissements urgents, la détérioration des conditions de vie risque d’aggraver la pauvreté, d’alimenter les tensions entre populations déplacées et hôtes, et de compromettre la stabilité dans le nord du Togo ».
Quels marchés générera le projet ?
Au-delà de l’assistance humanitaire, ce financement devrait générer plusieurs marchés liés à l’approvisionnement et aux services.
Le projet prévoit notamment l’acquisition et la distribution de kits de réhabilitation comprenant du ciment, des tôles et des pointes pour 1000 ménages. Des marchés porteront également sur des articles ménagers essentiels, dont des ustensiles de cuisine, des seaux, des moustiquaires, des couvertures, des nattes et des lampes solaires.
Le budget prévoit aussi des prestations de formation, des services logistiques, des opérations d’enregistrement des réfugiés, ainsi que des activités d’accompagnement économique. L’enveloppe est répartie entre l’enregistrement et la documentation, les kits d’abris, les articles de secours essentiels, la prévention des violences basées sur le genre, l’appui opérationnel et les frais administratifs.
Miser sur les coopératives féminines
L’une des particularités du projet réside dans sa dimension d’économie sociale, avec une BAD qui entend faire des coopératives féminines un levier de résilience. On prévoit notamment la création ou le renforcement de coopératives dirigées par des femmes, accompagnées par des formations en gestion, en gouvernance et en entrepreneuriat, ainsi que par un appui au développement d’activités génératrices de revenus et à leur connexion avec les chaînes de valeur et les institutions financières.
On souligne que « le projet soutiendra la création et/ou le renforcement de 10 coopératives dirigées par des femmes ».
S’inscrire dans un dispositif plus large
Cette proposition de financement s’ajoute aux interventions déjà engagées dans la région des Savanes. En février dernier, le PURS avait lancé son plan de réponse 2026-2027, dont le coût est estimé à 18 milliards FCFA. Ce dispositif vise à coordonner les actions des partenaires au profit de plus de 430 000 personnes vulnérables, notamment les déplacés et les communautés hôtes.
Les Nations unies ont également renforcé leur présence dans la région avec l’ouverture d’un bureau à Dapaong afin d’améliorer la coordination des interventions humanitaires et de développement.
Parallèlement, plusieurs partenaires poursuivent leurs investissements. En juin, Plan International et l’Union européenne avaient lancé le projet « Savanes Kpaadu », doté de 1,9 milliard FCFA. Cette initiative soutient la cohésion sociale, l’éducation, la protection et l’autonomisation économique, avec un accompagnement prévu pour plus de 1100 jeunes et femmes dans le développement d’activités génératrices de revenus.
Si le Conseil d’administration de la BAD valide la proposition, le don viendra compléter ce dispositif en ciblant les besoins immédiats des populations déplacées, tout en intégrant des actions destinées à renforcer leur autonomie économique et la résilience des communautés d’accueil.
Source : Togofirst









